
Les à-côtés d'une séance de cinéma…
Cet hommage au
plus important de tous les arts*,
je l'ai aussi rendu à quelques-uns de ses plus beaux films, en infographie.
voir La gloire dans la fleur
* "le cinéma est pour nous le plus important de tous les arts", citation de Lénine détournée à leur usage par des générations de cinéphiles.
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sommaire textes
LA DRAGUE
À s'asseoir aux places les plus proches de l'écran, une fille s'expose parfois à des désagréments.
Il arrive, à certaines heures et pour certains films, qu'un personnage visqueux, entré là par désœuvrement, parce qu'il pleut, parce qu'il croit les promesses du titre ou des quelques photos affichées à l'entrée, mais dont le cinéma est le dernier des soucis, s'imagine que cette silhouette solitaire, blottie dans son nid plus ou moins douillet, n’est pas là pour des motifs cinématographiques.
L'idée qu'on puisse aller au cinéma autrement que pour passer une heure et demie le samedi soir avant d'aller en boîte n'effleure pas certains exemplaires de la population.
Le personnage vient alors, très peu discrètement mais furtivement, s'asseoir tout près, un rang derrière ou deux fauteuils plus loin, et se met à faire des montagnes de simagrées, raclements de pieds, agitation de fauteuil, déploiement de mouchoir, à seule fin d'attirer l'attention sur lui, et de faire tourner la tête de sa proie. Il se croit de toute façon autorisé à faire à voix basse des propositions irréalisables.
Il nous faut alors changer de fauteuil, soulevant alors sa réprobation brutale et une explosion d'invectives.
Quant au film, pendant ce temps, il continue à se dérouler imperturbablement.
APPRENTISSAGES
On est ébloui par la quantité de choses que l’on a apprises en allant au cinéma — en voyant des films. Les langues étrangères, par exemple.
Après avoir étudié pendant sept ans l’anglais au collège et au lycée, on a pu s’apercevoir à l’occasion d’un voyage que l’on est non seulement incapable de prononcer compréhensiblement une phrase quotidienne, mais également de comprendre celles à nous adressées par des autochtones exaspérés.
Il se trouve que certains films, parmi les plus rares, sont projetés à la Cinémathèque en version originale non sous-titrée. Les premières séances sont rudes. Nous tenons à voir tel film de Vidor ou de Hawks coûte que coûte. Nous nous retrouvons réduits à n’apprécier que les images. Les dialogues sont des borborygmes barbares, et nous ne comprenons rien à l’intrigue. Au fil des projections, nous nous faisons l’oreille à cette langue des films, tels des bébés apprenant à parler grâce à l’amour de leurs parents. Ce sont des films américains, et nous ne sommes pas plus avancés à Londres. En revanche, la cinéphilie se porte bien…
Bien entendu, dans le cas des films de Ozu, c’est une autre paire de manches. On apprend cependant à différencier les idéogrammes japonais des chinois. Tout fait ventre. On apprend à dire «je t’aime» en suédois, et même «rien» grâce à Bergman. Et que ne devons-nous pas au Printemps de Prague !
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