
Les à-côtés d'une séance de cinéma…
Cet hommage au
plus important de tous les arts*,
je l'ai aussi rendu à quelques-uns de ses plus beaux films, en infographie.
voir La gloire dans la fleur
* "le cinéma est pour nous le plus important de tous les arts", citation de Lénine détournée à leur usage par des générations de cinéphiles.
|
sommaire textes
LES VOISINS
Il n'y a que deux chaînes de télévision, et elles ne fonctionnent pas vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Le cinéma fait cependant partie de leurs programmes. Hélas, pour les voir, ces films à la télé, c’est souvent toute une histoire.
Il arrive, en vacances, en week-end, que nous soyons contraints de regarder la télé, ou plutôt le film qui y est diffusé, chez nos parents, chez les voisins, chez leur propriétaire.
Plusieurs jours avant la date du film, l'angoisse monte. Allons-nous pouvoir regarder ce film dans des conditions acceptables?
Il faut d'abord vérifier qu'aucune concurrence, sur l'autre chaîne ou parmi les obligations mondaines du récepteur concerné, ne va jeter à l'eau notre rendez-vous. Il faut quémander une séance.
Bien entendu, nous ne faisons ce cirque que pour les chefs d'œuvre. Les films de série B ou les cinéastes peu prisés, fussent-ils renommés, ne nous comptent pas ce soir-là parmi leurs spectateurs.
Il est arrivé trop souvent que nous soyons empêchés de goûter le début, pendant près d'un quart d'heure, par des tentatives de conversation de la part de nos hôtes, dont nous essayons alors de décourager les tentatives de sociabilité mal à propos, en répondant par borborygmes ou en essayant d'attirer leur attention vers l'écran. Il est arrivé également que des retardataires, ou des visiteurs imprévus, viennent s'installer en cours de diffusion, avec les inévitables vacarmes de chaises et de salutations.
Et puis, chaque fois, les moments les plus intenses, les plus poignants, sont inévitablement brouillés par des commentaires intempestifs bien que peu vulgaires vu l'âge respectable de leurs proférateurs, mais dont le pouvoir de dérangement est comparable à celui provoqué par les fascistes et les analphabètes assistant en masse aux séances des ciné-clubs des facultés de droite. Là encore il faut, par un silence abyssal, décourager les désirs de partage et d'échange d'opinions.
Le comble de l'horreur est atteint lorsque l'un des hôtes, sans penser du tout à mal, se lève d'un pas lourd, se dirige vers le poste, et change brusquement la chaîne diffusée. Ce n’est qu'au bout de plusieurs interminables secondes que nous arrivons à obtenir que l'on revienne au film pour en voir la fin, avant de s'intéresser aux informations ou au sport.
La diffusion terminée, il est vain de vouloir s'y consacrer quelques instants en silence. Dans le meilleur des cas, la conversation obligatoire porte sur les nouvelles de la famille, des études, du temps. Dans les autres, il faut parler un peu du film, des jambes de la starlette.
Notre passion est si forte que nous préférons voir les films dans ces conditions plutôt que de nous en passer.
|