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Les à-côtés d'une séance de cinéma…
Amorce
Les tickets
Les ouvreuses
Les places
Le confort
Les accoudoirs
Les rideaux
Le point
Le format
Les bobines
Les cités U
La pluie
Les voisins
La publicité
Les noms des salles
Le petit carnet
Générique de fin
La drague
Apprentissages
Le début

Cet hommage au
plus important de tous les arts*,
je l'ai aussi rendu à quelques-uns de ses plus beaux films, en infographie.
voir La gloire dans la fleur


* "le cinéma est pour nous le plus important de tous les arts", citation de Lénine détournée à leur usage par des générations de cinéphiles.

  sommaire textes



LES BOBINES

Les films sont aujourd'hui projetés sur un seul appareil, à moins de dépasser les trois heures de projection. L'une des activités professionnelles du projectionniste consiste à assembler les six ou sept bobines que la salle a reçues du distributeur sur une seule grosse galette, par des collures qu'il défera à la fin de la semaine de projection du film, ou à la fin de la séance en cas de projection unique.
Il n'en a pas toujours été ainsi. Les cabines pour le 35 millimètres étaient équipées de deux appareils, qui projetaient les bobines du film telles que reçues, en alternance. Une petite aventure advenait donc à chaque changement de bobine, vécue par nous dans l'inquiétude en cas de copie en mauvais état. Le projectionniste devait effectuer toutes les vingt minutes environ, durée d'une bobine normale, une série d'opérations dont la parfaite synchronisation garantissait la qualité de la projection. Au début de la séance, les deux projecteurs étaient chargés, l'un avec la bobine 1, l'autre avec la bobine 2. À la fin de la bobine 1 sur le projecteur 1, signalée quelques images auparavant par des marques variées sur l'image (petits cercles blancs, croix, et taches dues à l'usure plus grande de la pellicule en cet endroit), il devait faire démarrer le projecteur 2, en laissant le cache en place devant l'objectif. La bobine 2 déroulait alors son amorce (bande de pellicule noire sans image, marquée par une série de chiffres décroissants, jusqu'à 3). Lorsque l'amorce avait terminé son déroulement, la bobine du projecteur 1 était sur le point d'être terminée. Alors le projectionniste, simultanément, masquait le projecteur 1 et dévoilait le projecteur 2. Pour le spectateur dans la salle, le film se déroulait sans rupture autre que celle voulue par le réalisateur, dans les cas de copies neuves et de projectionniste confirmé. Dans les autres cas, copie à la limite de l'épuisement, déjà projetée des centaines de fois, projectionniste novice, stagiaire, débutant, ou incompétent, on voyait les amorces, les deux bobines de superposaient un instant, les chiffres de la fin d'amorce remplaçaient une image interrompue au milieu d'un mouvement ou d'une phrase. Dans certains autres cas (assoupissement du projectionniste), le film s'arrêtait carrément: le deuxième projecteur n'avait pas du tout démarré. Il fallait que les cris des spectateurs réveillassent le technicien et le vouassent à la damnation. La projection reprise, et le ronron du projecteur repris pour près de trente mille images, le projectionniste devait alors rembobiner la première bobine, et la remplacer sur le projecteur 1 par la bobine 3, prête à alimenter dès que nécessaire l'écran en images et en sons.