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Les à-côtés d'une séance de cinéma…
Amorce
Les tickets
Les ouvreuses
Les places
Le confort
Les accoudoirs
Les rideaux
Le point
Le format
Les bobines
Les cités U
La pluie
Les voisins
La publicité
Les noms des salles
Le petit carnet
Générique de fin
La drague
Apprentissages
Le début

Cet hommage au
plus important de tous les arts*,
je l'ai aussi rendu à quelques-uns de ses plus beaux films, en infographie.
voir La gloire dans la fleur


* "le cinéma est pour nous le plus important de tous les arts", citation de Lénine détournée à leur usage par des générations de cinéphiles.

  sommaire textes



LE FORMAT

Aucun lecteur, qu'il ait entre les mains une œuvre de Faulkner ou un volume de la collection Harlequin, ne supporterait de devoir demander au libraire les dernières pages de son livre, ou les dernières lignes de chaque page. Le libraire, si le cas se produisait pour un livre d'occasion, rembourserait sans barguigner l'acheteur mécontent. Quant à l'éditeur d'un livre neuf ainsi raté, il mettrait au pilon sans hésiter l'ensemble du travail défectueux, sans oublier d'arroser l'imprimeur responsable d'une forêt vierge d'injures. Aucun amateur de peinture ne tolérerait qu'on ne lui présentât que des œuvres tronquées, dont le conservateur du musée, le commissaire d'exposition ou le galeriste aurait replié quelques décimètres en haut et en bas.
Au cinéma, on tolère. Des milliers de spectateurs assistent tous les jours, dans les salles ordinaires, ou dans des salles dotées d'un label d'art et essai qu'elles ne méritent pas, à des projections pendant lesquelles chacune des cent cinquante mille images que compte le film est amputée sur l'écran d'un bon tiers de sa hauteur. C'est ainsi que dans les gros plans, les personnages sont coupés au-dessus des sourcils, alors que le réalisateur avait prévu de montrer les branches de l'arbre sous lequel ils sont assis. Si le film est sous-titré, cela peut être pire: pour que les sous-titres restent visibles, le bas de l'image est projeté intégralement, mais le projectionniste est obligé de couper encore davantage la partie haute.
Il est très rare que les spectateurs protestent, non par l'effet d'une soudaine timidité, mais hélas par le fait d'un aveuglement: il ne se sont pas rendu compte du défaut. Lorsque nous le leur expliquons en le démontrant, ils ne sont pas plus scandalisés. Il n'est pas rare en revanche que le connaisseur qui perd quelques minutes pour monter à la cabine et demander au projectionniste l’établissement de conditions normales se voie repousser comme un animal nuisible, un triste empêcheur de saboter le film en rond, et que le technicien argumente que le format est correct, sans oser avouer que l'appareil n'a pas l'objectif 1,33 nécessaire…
L'évolution des techniques et le désir de différencier le cinéma de la télévision ont entraîné une diversification des standards, un fouillis de spécifications différentes et malheureusement une inattention totale aux exigences d'un travail correct.
Il arrive rarement qu'un film tourné en cinémascope soit projeté dans un autre format: du fait du procédé d'anamorphose employé, la non utilisation de l'objectif adéquat se voit tout de suite: l'image est resserrée en largeur. C'est une autre histoire pour les autres films, ceux antérieurs aux années soixante, tournés au format classique, le 1,33.
Peut-on parler ici aussi de l'horreur du vide? Emplir entièrement un écran rectangulaire avec une image presque carrée suppose une technique à la Procuste: couper ce qui dépasse. Un objectif inadapté fait ce beau travail tout seul. Le projectionniste intervient en choisissant la zone de coupure: en haut ou en bas. Pour les films sous-titrés, la solution s'impose d'elle-même, suite aux hurlements des spectateurs privés de sous-titres et incapables de suivre le film.
La même catastrophe se produit aujourd’hui à la télévision avec le nouveau format dit 16/9°.