
Les à-côtés d'une séance de cinéma…
Cet hommage au
plus important de tous les arts*,
je l'ai aussi rendu à quelques-uns de ses plus beaux films, en infographie.
voir La gloire dans la fleur
* "le cinéma est pour nous le plus important de tous les arts", citation de Lénine détournée à leur usage par des générations de cinéphiles.
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sommaire textes
LES RIDEAUX
Au temps des doubles rideaux devant les écrans, les projectionnistes étaient comme la nature: ils avaient horreur du vide.
En entrant dans la salle avant le début de la séance, ou à l'entracte avant le début du film, le spectateur voyait offert à ses regards, masquant l'écran de projection, un écran illustré de publicités pour les commerçants locaux: pâtissier, marchand de meubles, assureur, garagiste, opticien… Puis les lumières baissaient graduellement, pendant que deux rideaux de velours, généralement rouges, jusque-là rabattus de chaque côté, glissaient horizontalement devant l'écran publicitaire, dans un bourdonnement feutré. Une fois ceux-ci ajustés bord à bord, un autre moteur démarrait: c'était celui de l'écran publicitaire, fonctionnant comme un store et s'enroulant sur sa barre horizontale qui remontait jusqu'au plafond. Le bourdonnement de ce moteur s'arrêtait alors dans un hoquet, pour être remplacé par celui des rideaux qui s'écartaient en découvrant enfin l'écran blanc.
Toutes ces opérations, qui duraient deux bonnes minutes, s'effectuaient dans la pénombre, seules de petites veilleuses restant allumées. Les rideaux revenus à leur position ouverte, mollement rassemblés à droite et à gauche de l'écran blanc, le projectionniste commandait alors le noir complet dans la salle, où ne restaient allumés que les blocs de secours marqués «sortie», et débutait la projection.
La plupart des projectionnistes, pour des raisons impossibles à élucider, lançaient leur appareil bien avant que les opérations de levage, écartement et enroulement de tous les rideaux aient été achevées. Le générique du film se déroulait donc à la fois sur un fond ondulant de velours rasé et sur un autre de publicités peintes sur toile qui disparaissaient à partir du bas, y compris le fond sonore, impropre au recueillement, de vrombissements de moteurs et de claquements d'engrenages, sans oublier les cris des quelques maniaques des premiers rangs qui criaient «rideau!», en pure perte bien entendu.
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