
Les à-côtés d'une séance de cinéma…
Cet hommage au
plus important de tous les arts*,
je l'ai aussi rendu à quelques-uns de ses plus beaux films, en infographie.
voir La gloire dans la fleur
* "le cinéma est pour nous le plus important de tous les arts", citation de Lénine détournée à leur usage par des générations de cinéphiles.
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sommaire textes
LES ACCOUDOIRS
À l'exception des séances bondées, pendant lesquelles les spectateurs ordinaires sont obligés d'y prendre place s'ils tiennent à voir le film ce soir-là, les premiers rangs sont recherchés uniquement par les cinémaniaques. Ils sont donc rarement surpeuplés. Nous retrouver entre deux sièges inoccupés nous arrive donc très souvent. Nous poussons même parfois le raffinement et le désir de tranquillité jusqu'à nous séparer des amis avec lesquels nous sommes venus. Nous apprécions alors pleinement le plaisir d'étaler nos bras sur les sièges voisins.
Lorsque ces premiers rangs sont occupés, et par des personnes inconnues de nous, nous savons que le début de la séance va être consacré à une lutte silencieuse et courtoise, mais néanmoins sans merci: celle pour la conquête des bras du fauteuil.
Entre habitués, on a justement l'habitude. On se relaie poliment dans l'occupation par les coudes de ce support commode. D'autres spectateurs ignorent ce savoir-vivre, et font mine d'installer pour la séance entière sur le bras de notre fauteuil, qui est en partie le leur, un coude pointu et envahissant, se projetant parfois jusqu'à nos côtes. Certains même, inconscients en cette époque révolue de l'étroitesse des fauteuils, semblent se gonfler jusqu'à envahir une partie de notre espace.
Il nous faut alors adopter une stratégie de vigilance. Glisser dans le plus petit espace entre le bras du voisin et celui du fauteuil un coude discret mais sûr de son bon droit. Un réflexe de courtoisie incitera parfois le voisin à pousser légèrement son bras de façon à libérer un peu de place. Sinon, il faut guetter le moindre de ses mouvements, saisie et utilisation d'un mouchoir, démangeaison irrépressible, crampe. Notre coude et l'avant-bras correspondant s'installent ainsi sur l'espace libéré. Les sympathiques nous laissent alors en jouir pendant quelques minutes, au bout desquelles nous cédons la place à notre tour. Les sinistres égoïstes nous font la gueule. Nous les laissons alors plus longtemps mariner dans leur inconfort.
Le Rio d'Avignon disposait avant de disparaître, et sans que sa disparition lui soit forcément liée, d'une bizarrerie assez intéressante. Dans toutes les rangées, les deux sièges du milieu n'étaient pas séparés par des accoudoirs, formant une banquette à deux places appréciée des couples tendres ou des isolés désireux de s'étaler.
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