
Les à-côtés d'une séance de cinéma…
Cet hommage au
plus important de tous les arts*,
je l'ai aussi rendu à quelques-uns de ses plus beaux films, en infographie.
voir La gloire dans la fleur
* "le cinéma est pour nous le plus important de tous les arts", citation de Lénine détournée à leur usage par des générations de cinéphiles.
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LE CONFORT
Une fois assis, il faut apprivoiser sa place. L'observateur extérieur apprécie le confort des sièges à la violence des contorsions et à l'intensité des soupirs montant des divers points de la salle occupés par des êtres humains essayant de se plier aux formes des fauteuils.
Aux derniers rangs, la difficulté n'est pas insurmontable. Le spectateur n'a qu'à s'asseoir le dos raide et vertical, plaqué contre le dossier, cuisses parallèles et jambes verticales, pieds posés à plat sur le sol, comme en visite dans un salon surchargé de bibelots précieux. Le dossier étant trop bas pour arriver au-dessus des épaules d'une personne de taille moyenne, la tête ne peut s'y appuyer; elle doit donc se reposer entièrement sur le cou pour la soutenir, légèrement inclinée vers l'arrière pour amener le regard face à l'écran.
Pour le spectateur qui a choisi une place dans les premiers rangs, c'est une autre histoire. L'écran se trouvant placé très haut par rapport à ses yeux, il doit incliner extrêmement la tête en arrière. Le seul support disponible est le dossier, très souvent en bois. Les délicates vertèbres de la nuque réclament alors un coussin pour adoucir la meurtrissure qu'il provoque. En hiver, on a son manteau, et durant les demi-saisons on peut facilement, à condition de choisir la souplesse au lieu de la tiédeur, disposer d'un pull / tricot / cardigan. L'été, hélas, à moins de l'avoir spécialement prévu, on est obligé de se passer de rembourrage. Et je ne parle pas des sièges type SNCF, qui poussent l'aberration, par une surépaisseur en haut du dossier, jusqu'à vous forcer à incliner la tête, et donc le regard, vers le bas, alors que l'objet de son attention, l'écran, est bien entendu en haut.
Les séances sont très douloureuses.
Ce n'est pas la seule conséquence de la faible hauteur du dossier: pour appuyer la nuque sur celui-ci, le dos humain n'étant ni rétractable ni compressible, il faut faire glisser les fesses jusqu'au bout du siège. Notons que la colonne vertébrale se trouve de ce fait casée dans un espace orthogonal (siège horizontal et dossier vertical). Bien que, pleine de bonne volonté, elle essaie de se conformer à cet espace, elle n'y parvient que très faiblement, et au prix d'un inconfort, et même d'un malaise, assez sévères.
L'espacement entre deux rangées de sièges est proche de celui adopté par les charters de cinquième catégorie, et lorsque le spectateur veut abaisser sa nuque sur le dossier et faire coïncider ses fesses avec le bout du siège, il rencontre au bout de ses genoux (à moins d'être au premier rang) un obstacle inamovible: le dossier du siège de la rangée de devant. Il ne lui reste plus qu'à remonter ses genoux et à les appuyer contre le dossier en question. Il doit bien sûr penser à ne pas manifester violemment pendant la projection des mouvements ou des tremblements incontrôlables, car le spectateur installé devant lui se retournerait pour lui exprimer tout aussi férocement son désir de le voir se calmer.
Une autre position, assez peu appréciée et heureusement assez rare, se rencontre également. Dans les cas de grosse affluence (festivals, projections uniques, Cinémathèque), on se retrouve assis par terre devant le premier rang, empêchant les assis d'allonger leurs jambes et leur causant des courbatures assez graves. Faute d'un instrument adéquat pour tenir sa tête et donc son regard fixé sur l'écran, on se retrouve rapidement allongé par terre, au prix d'une déformation de l'écran et d'une tendance au sommeil favorisée par la fatigue accumulée, l'heure tardive et l'association d'idées avec un lit, dont la moquette plus ou moins propre n'a cependant pas du tout le confort.
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