
Les à-côtés d'une séance de cinéma…
Cet hommage au
plus important de tous les arts*,
je l'ai aussi rendu à quelques-uns de ses plus beaux films, en infographie.
voir La gloire dans la fleur
* "le cinéma est pour nous le plus important de tous les arts", citation de Lénine détournée à leur usage par des générations de cinéphiles.
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sommaire textes
LES OUVREUSES
La plupart des salles, en particulier celles d'art et essai, suppriment peu à peu les emplois d’ouvreuse. Certaines cependant en maintiennent encore. On ne peut pas dire que cela nous fasse plaisir. Notre tempérament pacifique et contemplatif, notre désir de savourer en paix et à notre guise les chefs-d'œuvre, films intéressants et même navets immondes (dont on ne citera pas d'exemple) s'accommodent mal de ces personnes à l'âge et aux formes incertains, dont le seul rôle à notre avis consiste à nous soutirer vingt centimes après avoir sauvagement déchiré en deux morceaux le bout de carton léger que nous souhaitons ajouter à notre collection. Nous n'aimons pas les entendre nous insulter lorsqu'elles comprennent que nous n'avons aucune intention de leur donner de pourboire. Et, bien qu'en général nous soyons conscients de la nécessité de soutenir les justes luttes des travailleurs, bien que nous sachions, pour nous l'être fait répéter maintes fois, que leur seul revenu est constitué des pourboires des spectateurs, nous les trouvons totalement inutiles, et parfois même nous le disons aux plus agressives.
Nous trouvons certaines d'entre elles carrément nuisibles, lorsque prenant à cœur leur rôle de conseil en choix d'une place, elles veulent nous introduire de force dans le huitième siège de la douzième rangée, où nous remplirons une case de leur jeu électronique avant la lettre. Elles mettent en effet un point d'honneur à ne pas commencer une nouvelle rangée avant d'avoir entièrement comblé la précédente. Nous voir les dépasser après avoir laissé déchirer notre ticket, et aller occuper le siège médian de la deuxième rangée les plonge dans la fureur la plus noire.
Pour peu que la projection enfin commencée, nous posions précautionneusement nos chevilles sur le dossier du fauteuil de devant, la salle entière a alors le privilège d'assister à leur vengeance, voyant éclairer nos jambes par le puissant faisceau de leur lampe de poche, et entendant une voix, assez peu distinguée mais ferme et sonore, nous intimer l'ordre de nous asseoir «comme il faut». Ces ouvreuses-là, on les connaît. On évite de les provoquer, et on attend, dans les salles où elles sévissent, un laps de temps suffisant avant de s'installer, pour qu'elles aient le temps de retourner dans le hall, dans une loge, ou dans le quelconque endroit mystérieux où elles se tiennent en dehors des entractes.
Il existe aussi la race des approximatives, qui ne savent jamais où elles en sont de leur remplissage, et à qui l'arrivée d'un retardataire dans la salle éclairée seulement par les lueurs provenant de l'écran occasionne des maux de tête violents. Elles essaient de lui trouver une case vide en braquant leur lampe de poche dans les yeux des spectateurs déjà installés, et guident à grand renfort d’exclamations le malheureux retardataire qui se fait tout petit pour essayer de faire oublier le désagrément dont il est cause.
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